Testament

 

Il n’y a jamais eu d'autre alternative que de mourir un jour. Pour certaines personnes, cela peut sembler fort lointain. On y pense sans se dire que peut-être demain finiront nos jours. On se dit que cela sera pour plus tard dans la vie, dès lors que l'existence aura été bien remplie, que tout aura été produit de ce qui pouvait se faire. Pour moi, il en fut autrement. Je sais que les certitudes de certaines personnes sont inébranlables - de tout temps les hommes ont cru en leurs erreurs, l'histoire a montré qu'ils avaient tort. Je veux bien être condamné pour hérésie. Mais je ne renoncerai jamais à croire que nos certitudes concernant la vie et la mort ne sont en fait que des croyances.

 

Posons ici une bonne fois pour toutes ce qu'il en est.

 

Je suis mort le 7 octobre 1991 durant la nuit du lundi au mardi, au premier étage d'un logement à Jaunay-Clan. J'ai pu en faire allusion à un prêtre (qui est aussi un poète) récemment. Mais cette idée me hante. Rien n'aurait été écrit sans cela, aucune parole, ma vie aurait pris une direction non pas opposée, mais différente. Cela aurait été vivre des moments que depuis je n'ai pas connus. J'aurais été ainsi de l'autre côté du miroir.

 

Peu importe vos convictions, peu importe la vérité ou le mensonge. Nous ne savons rien de ce qui est véritablement, car l'existence est mystère, la matière et l'esprit sont mystères, et ni vous ni moi ne pouvons en juger. Il y a cependant quelques signes et quelques faits que nous ne pouvons pas ignorer. Qui peut dire la vérité de la chair et de l'âme ? Qui sait ce que recouvrent les ténèbres ? Et qui pourrait m'enlever le droit de croire et de ressentir ?

 

Tous les doutes planent sur mon corps. Qui suis-je réellement ? Puis-je supposer que je ne sois pas mort mais endormi ? Que puis-je penser de moi ? A qui confier mon tourment ? Quel médecin détient la clef de l'âme et qui peut me dire ce que je dois penser ? Personne. Il n'y a que moi et cette sensation, cette certitude.

 

Tout ce que j'ai écrit l'a été d'outre-tombe. Je ne me suis situé que d'un lointain intérieur. En quelque sorte, je me suis projeté dans l'infini, mais d'ici, de l'âme, de l'universel.

 

Quand je ne serai plus qu'un nom sur une tombe, ces mots resteront comme un pied de nez à la disparition, cet état révoltant que nous connaîtrons tous. Peu importe, les mots seront gravés dans la pierre.

 

Je crois à un ailleurs, je crois que je survivrai à la disparition. Je crois que la conscience survit dans la mort. Je puis me tromper. La seule certitude est que la mort nous emportera tous et toutes.

 

Plus rien ne subsistera de moi que ces mots expirés. Il ne restera que ces poèmes écrits jour après jour, nuit après nuit, souffle après souffle.

 

Que ce qui reste de moi ne soit plus que ce souvenir.

 

Les Sables d'Olonne, le 10 avril 2005.