Question à choix multiples

 

Je me suis toujours posé la question, m’étant confronté à des obstacles et des douleurs abominables : voudrais-je revivre cette vie ? Et je me suis convaincu au fil des années que revivre une existence aussi chaotique n’avait aucun sens, que rien ne justifiait de vivre le malheur et que sans hésitation à la question je répondrais : non. La certitude s’est affinée, le ciel est devenu beaucoup plus certain. Je braderais bien tous mes poèmes contre quelques tubes de peinture, je rendrais bien tout ce papier contre un peu de toile ; il me semble que la vie de peintre est beaucoup moins périlleuse, en tout cas celle que j’imagine, celle que je désirerais avoir. On ne choisit pas, on ne fait que subir tout au long de la vie. Le poète s’abandonne à sa voix, le peintre est libre dans sa peinture. Mais quoi, il a fallu que je sois cette plaie vive, ce non-sens, cet absurde incarné ! Pourquoi ? Au moins, cette vie ne serait-elle pas la dernière dans la ronde de l’existence ? Le nirvana n’est-il pas au bout du chemin ? On tombe, on se relève, on continue, chute après chute, nuit après nuit, angoisse après angoisse, et tout cela vous emplit d’une rage incommensurable contre les forces du destin. Tourner les yeux vers la mer, s’abreuver du vent, tenter de voler, essayer de parler aux anges qui passent à l’horizon, au moins tout cela est-il encore possible dans le monde où la poésie m’a mené. Pleurer de désespoir à différents moments, avoir la rage contre chaque minute, chaque seconde qui passe, au moins c’est dire non et cela justifie de refuser une existence et d’en souhaiter une meilleure. Le vide, le plein, l’absurde, le néant, tout cela le poète l’ingurgite avec fureur, douleur et hargne. A la dernière porte du monde, au son des cloches à l’entrée du Paradis, dès la sortie de l’église, au moins encore une fois regarder le soleil. Quoi ? Il faudra bien en finir un jour, je graverai sur ma peau le désir de partir, avant qu’il ne soit trop tard.