De la folie et des oiseaux migrateurs

 

A l’aurore, les murs sales des quartiers chics s’éveillent. C’est la levée des rideaux métalliques, on arrange dans les vitrines les vêtements de mode issus du dernier genre. A l’autre bout du monde, un enfant amasse dans sa charrette des trésors sophistiqués : roues de vélos, vieilles chambres à air, un vieux drap pour faire un vêtement. Ici, les secrétaires pointent au bureau. Les élèves font la queue au réfectoire. Un cortège se forme en direction du cimetière. Je me promène dans une allée bordée d’arbres, en suivant le vol des oiseaux de passage à qui l’on donne du pain. Je sais qu’ailleurs on meurt tous les jours de faim, que la terre est polluée et que les arbres brûlent. Je sais que la liste des malheurs est infinie. Et je pleure. En face de moi, la grille du jardin se ferme toute seule. Vais-je rester ici toute la nuit ou une main secourable viendra-t-elle me chercher ? Les étoiles se perdent à l’infini.

 

Editions Henry, 2010. 6 euros