A dix-sept ans, la poésie s'ancra en moi comme une forme privilégiée de l'expression. Ecrire devint un refuge contre mes tourments, une forme d'évasion pour rejoindre un horizon que je pressentais lointain, mais à portée de main. Je devins énigmatique parmi mes camarades, de plus en plus rebelle, perturbé, insaisissable. Mon logement devint mon repaire. J'avais l'impression d'exprimer mon âme et je mettais des barrières infranchissables pour préserver mon secret. Mais peu à peu, le bateau prit l'eau. Le monde devint hostile. J'avais l'impression d'avoir lâché une bombe, de m'être perdu dans une aventure qui me dépassait. Les murs intérieurs s'effritaient, la maladie devint de plus en plus prégnante. L'autisme me guettait. Que cherchais-je à exprimer, sinon une vérité intérieure bien trop difficile pour moi ? Des années d'écriture plus tard, je dois tout à ces premiers instants : la perte de contrôle qui a suivi et l'explosion tragique qui en a découlé ; la conscience d'avoir trouvé dans l'écriture à la fois un drame et une source de liberté ; la certitude d'avoir parcouru un chemin et d'être encore cet ultime voyageur. Je n'ai eu cesse de creuser en moi dans tous les écrits qui ont suivi. Les poèmes des premières années attendent leur publication, d'autres, enfantés dans la douleur, ont déjà trouvé leurs habits matériels. Les années qui ont passé ont donné un sens à mon aventure, je perçois une certaine unité à un âge ou écriture et peinture ont trouvé un développement plus affirmé. Reste la conscience de la maladie et la lutte incessante. Il me reste des images plein la tête, des mystères qui n'ont pas trouvé en moi leur résolution.