« Je suis antisocial. C’est grave docteur ? » Si vous allez chez le médecin et si vous lui posez cette question, n’oubliez pas de dire que ce n’est pas de votre faute, que les gens haineux ont provoqué chez vous cette réaction. On vous autorisera ainsi à aller travailler chaque matin, à prendre votre croissant, votre journal et votre métro. C’est vrai, le travail n’est pas une fatalité. Vous avez droit à votre vie simple, la débrouillardise c’est le lot commun et ensemble on est beaucoup plus fort. Vous aurez devant vous l’ennemi et essaierez de le contrer, de le vaincre à son propre jeu. Puisque vous avez le malheur et le désespoir avec vous, puisque tout vous est égal sauf un relatif bonheur humain, quel travail ! quelle tâche avez-vous devant vous ! « Je suis malade ! n’est-ce pas docteur ? » Malade d’une certaine société, oui. Oh, le travail, on s’y fait, on s’organise, on compose. Quoique, c’est dégradant, il faut obéir pas mal et pourquoi ? Ne pas travailler par contre, vouloir vivre heureux, en profiter un minimum, c’est pas donné à n’importe qui ! « Vous faites quoi dans la vie ? » Attention, c’est la question qui tue ! Votre médecin essaiera d’analyser vos motivations au travail. De mettre à jour le criminel qui se cache derrière vous. « Je suis chômeur. » Cette réponse apportera au dessus de vous une foule de suspicions, vous serez accusé de vivre au crochet de la société. « Tiens donc ! » Ca y est, vous êtes fiché, catalogué, consigné dans un registre, avec un numéro de matricule aux fesses ! Vous repartirez pâle, malade, plus tourmenté que vous n’étiez alors ! « Et alors, je peux travailler ?  » « A vous de voir. Vous avez quand même des prédispositions à la paresse, et ça fait mal sur la lettre de motivation et pour un boulot destiné à vous apporter un salaire. » Bref, vous aurez tout intérêt à jouer le grand malade, celui qui peut pas travailler à cause d’un handicap physique qui le suit depuis tout petit. « Et alors, je fais quoi ? » « Vous restez là et vous collez les timbres. » Bienvenue dans le monde du travail ! Dans les petits boulots ! Bienvenue dans le plan ! Le tissu économique, c’est vous. La croissance, c’est vous. L’avenir est entre vos mains !