Comme le petit nounours sur la couverture, Mot à Maux s’assoit sur un banc et réfléchit. C’est vrai que l’on est bien seul. Les gens passent, ne nous regardent pas, ou avec des airs réprobateurs ou haineux. Mais quoi ! Nous faisons tant horreur ? Sommes-nous si sales ! Ne partageons-nous pas le même monde ! Leurs yeux sont vides et les nôtres pleins d’effroi. C’est qu’il ne fait pas bon sortir sa plume en ces temps de sclérose et de névrose sociale. Pour un peu on nous prendrait pour des fous ! C’est que ça fait peur un mot ! Un mot, c’est pas grand chose, mais ça fait peur ! Il ne faut pas trop traîner sur les boulevards, parce qu’un mot, ça peut-être mal pris, on peut être choqué, offensé, on peut carrément avoir la tête à l’envers, et alors c’est direction l’hôpital, la tête dans le plâtre, et tout et tout ! Presque, il faudrait se taire, ne rien dire, être dociles comme un nounours. C’est vrai, avec une cravate on n’aurait moins l’air méchant ! On pourrait entrer dans les salons, dans les foires, ça serait bien ! Et voilà, on en est là. Partout le délit de faciès, de sale gueule. On n’est pas crédibles, on pue, on est laid. Normal qu’il n’y ait personne sur le trottoir pour nous écouter ou nous regarder, on pue, que voulez-vous ? On pue, c’est comme ça. Se montrer, c’est pas bien, on est trop ceci, on est trop cela, on n’est pas dans les normes, on est des ringards, on rentre pas dans les cadres, dans les moules, on parle trop haut, trop bas… Ben oui, il faut faire comme nounours, s’asseoir sur un banc et rêver.