Mot à Maux serait-il SDF ? Peut-être pas encore. Et pourtant nous voici reconduits sur les routes, avec cette épitaphe : cherche logement tranquille dans cadre agréable pour durée indéterminée. C’est dire si la revue est bousculée en ce début d’été. Pas d’affolement, la porte d’un appartement finira bien par s’ouvrir et tout rentrera dans l’ordre. Pour le moment il convient de profiter du bord de mer, un horizon qui ne change pas, une sorte d’éternité pour l’âme. La maison Mot à Maux vit ! Les vagues, les tempêtes, les bateaux qui reviennent chargés de poissons, les cris de colère de la rue, les automobiles, les immeubles fermés, les magasins, les usines sont notre nourriture terrestre. A la rue, à l’hôtel, sur un quai de gare, nous continuons à nous alimenter de la rage, de l’esprit et nos initiatives sont ce qui donne sens aux choses. A l’absurde nous répondons avec une espèce de vitalité qui est notre volonté de paix, de justice et d’égalité. Nos poèmes sont des ponts, des perches tendues à celui qui n’a rien ou qui vit dans la misère. Car enfin quel est-il le poète sinon ce passeur, celui qui s’insurge et qui par ses actes et sa conscience agit ? Le poète tend vers le meilleur, ici ou là, ailleurs, pendant, après, il est le laboratoire de ce qui se vit autrement, loin du tapage et souvent dans l’indifférence. Mot à Maux SDF ? Pas encore. Il suffit de se retourner pour se rendre compte que nous habitons le monde, que nous agissons sur lui, que nous ne sommes pas des atomes isolés. Le poème est notre voix, notre maison. Nous habitons ou nous hantons le poème. Nous avons élu domicile et nous parlons du plus profond des ténèbres. SDF ?