Etats de veille

 

 

"Etats de veille" est paru en octobre 2008 dans le collectif Ecrit(s) du Nord n°13-14 aux éditions Henry. Je remercie spécialement Jean Le Boël pour cette publication et celle de mes oiseaux migrateurs.

 

 

 

Extraits :

 

I.

 

Vais-je trouver le temps aujourd’hui d’écrire au moins un peu ? La réalité est comme un miroir. S’y regarder, c’est contempler les monstres de la mélancolie. Ces ombres vous suivent, à chaque instant vous dévisagent et vous trahissent. Pas de repos dans les grandes galeries, aux aguets sans cesse ! On voudrait pouvoir s’effacer, plonger dans l’irréel – vous y êtes déjà ! Se nier, se renier cent fois ! Mais s’effacer du monde, c’est irrémédiablement se perdre encore plus loin. Le froid vous saisit au visage comme, jadis, les fantômes de l’enfance. Ne suis-je pas passé du mauvais côté de ce monde ? Et quel est-il ? Où est l’ennemi ? N’est-ce pas le strass de toutes ces vitrines ou la peur en moi ? Les choses se précisent ou se compliquent.

 

(...)

 

II.

 

Tout ne se résume-t-il pas à trouver la clef ? Nous errons dans des immensités sans fin. L’air autour de nous devient vicié et le vent lui-même est corrompu. Face aux miroirs du monde, tout devient absurde. Je n’ai plus d’énergie pour me battre et la vie est un combat. Je voudrais m’allonger ici et rêver. Aller vers d’autres cieux plus cléments. M’installer sur le néant et pêcher dans mes filets les étoiles. Mais je suis ici, debout, fatigué d’avoir sous les yeux des déserts sans fin où je meurs à nouveau. Dans la lenteur du temps, je me dissous tel un atome devenu fou, évaporé dans la fumée de l’encens. Je regarde avec des yeux désabusés ce monde insignifiant où j’ai perdu ma place, celui qui court nuit et jour – et je ne sais plus où il va ! Je demeure las, les yeux grands ouverts comme une statue dont le regard se perd au bout de l’horizon.

 

(...)