Ecrire est une chose, publier en est une autre. De l'écriture à la relecture, de l'envoi de manuscrits aux dernières retouches, apprendre consiste à publier dans différentes revues, à décoder les refus d'éditeurs, à avancer peu à peu dans le champ poétique. Les manuscrits dorment souvent dans les tiroirs, il faut savoir les réveiller, les porter à leur maturité, ce qui demande un temps et même plusieurs années. J'ai découvert un monde riche, peuplé de poètes, de directeurs de revues, d'éditeurs et de critiques. J'ai voulu à mon tour entrer dans la danse et prendre la parole en créant la revue Mot à Maux. Internet a permis de nombreuses rencontres consolidées dans les salons, les marchés. Des liens amicaux se sont noués, des correspondances sont nées. Cette émulation participe de cette vie littéraire ignorée et méprisée, condamnée à ramasser les miettes d'une édition qui privilégie les grandes voix, les grands auteurs, les mêmes genres. Et puis tant pis. Le monde n'écoute pas les poètes. Le monde peut bien retourner à ses guerres, à ses massacres. La télévision peut bien retourner à ses télés-réalités, à ses jeux. Nous, nous resterons dans l'ombre. A l'affût. Prêts à bondir. Porter son identité de poète, c'est être attentif à la production du poème aujourd'hui, c'est aussi et surtout savoir happer la vie, la disséquer au sein de ses poèmes. Le monde doit entrer au cœur de la poésie, le poète doit être attentif à la fois à lui-même et à son temps. "Changer la vie", ce précepte appartient au poète, à lui de l'appliquer à la sienne, à lui de porter le flambeau. Ecrire sera toujours un acte solitaire. Un acte qui prend sens, dans la mesure où il est à la fois l'envers et l'endroit, les deux facettes d'une même identité, d'un même monde.