Qui veut gagner des millions ?

 

Les réflexions suivantes n'ont pas pour but d'établir une vérité pratique. Face à la complexité des rapports humains, elles en appellent davantage à la raison et au cœur. Je souhaite que chacun puisse faire sien quelques-uns de ces sentiments...

 

Là où notre société n'oppose à la perte des repères conventionnels que celui de l'argent roi, l'exclusion qui touche de plus en plus de personnes est tout simplement insupportable.

 

Ce que nous qualifions de marginal existe en d'autres pays d'une façon tellement critique que nous ne pouvons pas et ne devons pas fermer les yeux. Effrayant est le pourcentage des personnes qui jouissent de tous les biens quand la plupart des hommes est dans la misère. Notre société - comme au niveau international - offre un tel contraste. Or nous ne pouvons pas baisser les bras. La misère n'est pas une fatalité. Plus que jamais il convient d'être vigilent. Sortir de la misère ne revient pas à un seul individu ou à un seul peuple, il est quelque chose qui nous concerne tous et doit nous interpeller à chaque moment de notre vie.

 

Le clochard est l'antithèse de la société capitaliste.

 

Combien avons-nous d'arguments pour faire de la misère une fatalité loin de chez nous ?

 

La langue de bois de nos politiciens, l'indifférence des médias, la non-confrontation et l'absence de débat me paraissent être les principales causes de la fracture sociale. De plus en plus riches, les classes aisées n'en sont que plus aveugles et méprisables de l'insatisfaction sociale.

 

Qu'est-ce qui est important aujourd'hui ? Avoir la dernière voiture, pouvoir payer aux enfants la dernière invention, faire de chez soi un véritable palace ? Et quelle en est l'excuse ? Le travail. Le travail justifie tous les débordements, excuse tous les contrastes et autorise la bonne conscience. La valeur suprême qu'est l'argent est le véritable poison qui fige dans l'inertie toute velléité sociale. La pauvreté ne serait qu'une insuffisance du système capitaliste et en aucune façon un défaut interne de ce système. On agit comme si tout coulait de source en ne priant qu'un seul dieu : celui qui pourrait nous rapporter de l'argent.

 

Une part immense de la population est inemployée, non parce qu'elle n'a pas les compétences, mais parce que la rentabilité du marché ne peut faire d'elle que des exclus.

 

Où commence la marginalité ? Où finit l'utilité sociale ? Y-a-il une limite, une échelle de mesure de l'exclusion sociale ? Il y a l'exclusion tout simplement. C'est à dire l'inutilité d'un homme face à la machine à fabriquer du pouvoir.

 

Changer la vie comme le monde, ces mots d'ordre de la révolution sociale et culturelle ne sont pas des choses impossibles. Pourtant si nous n'y prenons garde, ces vœux chers pourraient n’être encore pour longtemps que des chimères.

 

La vie est-elle ainsi faite que tout loisir, toute flânerie et tout temps que l'on pourrait utiliser à changer les choses et les hommes soient définitivement écartés des plans de carrières et des agendas de nos entreprises ? La vie se résume-t-elle à devenir aliéné ?

 

Egoïsme, aliénation et vanité pourraient bien être les premiers principes de notre société.

 

A l'heure où le partage du monde s'effectue entre riches et pauvres, ne pourrait-on pas penser à un autre partage entre les hommes ?

 

Les progrès de la communication ont beau croître, ceux entre les hommes en sont à la dégénérescence.

 

Plutôt s'asseoir sur un banc et semer des cadavres. Quelle importance d'ailleurs. Y a-t-il un horaire à respecter ? Le train sifflera-t-il comme un réveil ? Et alors, la vie sera-t-elle différente ?

 

Ce n'est pas le froid, c'est l'indifférence qui tue.

 

Que serait le monde si tous les SDF, tous les sans-papiers, tous les enfants pauvres s'unissaient en une marée humaine et déferlaient dans nos rues, brisant vitrines et voitures ? La pauvreté est-elle devenue un état acceptable du monde ?

 

Les riches meurent du cœur, graisseux, obèses, boulimiques, les pauvres crèvent de faim. Entre les deux un océan d'indifférence et d'hypocrisie.

 

Les médias nous aveuglent ; à coup de publicités, de jeux, de séries policières, à coup de variétés. Les chiffres, l'économie, la bourse, les politiques, la conjoncture, le marché, la concurrence et l'argent ne sont que des valeurs hypocrites.

 

Sans changement dans notre attitude à l'égard des pays pauvres, sans bouleversement majeur de notre façon de considérer les rapports, quelle solution peut bien faire rempart à la misère et à la détresse humaine ?