Dit comme ça

 

Notre environnement quotidien est pollué par les nouvelles de toutes parts, les publicités, les épitaphes inévitables ventant les bienfaits du Capitalisme... Car nous sommes dedans, et inévitablement nous ne pouvons nous en extraire, en effet nous sommes nés ici, avons été formés par les valeurs communautaires du travail, du profit, de la compétition, on nous en a rabâché les oreilles afin que dès notre plus jeune âge nous soyons déjà les futurs consommateurs, les futurs chefs d'entreprises, les futurs employés d'une grande chaîne commerciale, et en effet nous avons suivi, nous avons appris... Et finalement que sommes-nous aujourd'hui ? Cadres, techniciens, commerçants, ouvriers, journalistes, détaillants en matériel informatique... A la bonne heure ! Il n'y a pas de sot métier et il en faut pour tout le monde. Vous vouliez passer votre temps à autre chose qu'à un travail régulier de 35 heures, faire un peu la bohème quoi ! Pouvoir vivre de l'air du temps... Assurément vous vous êtes trompé de continent ! Ou bien comme moi vous êtes devenu artiste ! Libre quoi ! Et à quoi passez-vous votre temps ? Vous faites des bêtises ? Vous faites de la peinture, les Beaux-arts peut-être ? Que vous soyez actif ou bénéficiaire de l'aide social vous faites partie de ceux qui sont en rupture de société - attention tous ceux-là ne sont pas forcément des artistes ! Quoi qu'il en soit, bienvenue dans la maison de la poésie, ouverte à tous et surtout aux plus malheureux, aux plus désespérés qui comme moi n'ont pas trouvé d'autre moyen d'expression.

 

Car à quoi s'attaque la poésie, sinon à un édifice séculaire bâti sur des valeurs qui, au fil de l'histoire, ont provoqué les guerres, les famines, et Auschwitz, c'est-à-dire à l'éternel mal de l'indifférence, de l'intolérance, de la supériorité soi-disant des civilisations sur les autres et des hommes sur leurs contemporains ? La poésie s'attaque à tout ce qui ruine les valeurs de la liberté et de l'humanisme dont la plus belle expression nous vient des Lumières. L'Histoire est une succession de drames et de malheurs dont seul l'homme est le responsable. C'est pourquoi la poésie s'attaque à tout ce que l'homme peut produire de mauvais autour de lui. Et de surcroît, elle s'attaque au fond de l'être, en tant que chaque être est responsable, à son échelle, de ce qu'il crée autour de lui. Aussi s'acharne-t-elle à trouver un nouveau langage, une autre langue, qui soit la langue universelle de tous les hommes. Ainsi porte-t-elle en elle le désespoir de tous les hommes, elle est le lieu privilégié de la réflexion, de l'analyse et de la révolte absolue contre ce qui lutte contre elle.

 

La poésie se veut une langue universelle, dont chacun à notre échelle nous sommes les bâtisseurs.

 

J'ai voulu faire de ce site Internet un lieu pour moi d'expression, car je ne conçois pas la vie sans une activité d'expression. Etant nul en musique à l'école et particulièrement à la flûte - le seul instrument que nous avons d'ailleurs étudié à fond pendant quatre longues années... - je me suis par hasard orienté vers l'écriture. Trouver une langue, trouver ma langue... La poésie consiste à lutter contre les forces du néant. Je suis comme l'abeille tombée dans le pot de miel, les pattes engluées, délicieusement sucrées du nectar...

 

Je continue à entretenir une flamme que je veux éternelle, et même si elle s'éteint, si l'obscurité de l'angoisse m'étreint, je ne cesserai de la faire vivre, au moins pour moi, ou pour quelque dieu ou pour quelques lecteurs.

 

Si vous êtes arrivés ici : " merci ! " Ca veut peut-être dire que je n'aurai pas écrit tout cela en vain et que peut-être j'aurai suscité l'intérêt, aussi minuscule soit-il, car après tout où est la voix, où est la langue ? Comme bon nombre de poètes avant moi, je suis solitaire, désespéré, anéanti.