Lettre à C.

 

Cher auteur,

 

Merci pour votre aimable lettre. Personnellement, je ne souhaite que faire connaître mon travail, et l'argent n'est qu'un facteur parmi d'autres. Je pourrais être maçon ou ouvrier industriel, mais j'ai choisi une autre voie. Votre rage est légitime et nécessaire à la littérature. Quand les auteurs seront-ils considérés pour ce qu'ils dégagent et non pour la rentabilité que peut apporter la littérature ? Je crois à la force de caractère. Tant d'auteurs ont tellement de choses à dire, quand les plus médiatisés déballent des banalités à la télévision. Quid de la littérature qui a choisi, malgré elle, les sentiers de traverse ? De ces éditeurs et revuistes qui méritent autant que les autres d'être médiatisés. Car aujourd'hui tout tourne autour de cette question. Qui seront les auteurs qui perdureront après leur mort ? Je ne jette de discrédit sur personne, je ne fais que parler au nom de ces écrivains solitaires dont l'ambition est de sortir de l'anonymat, non pour la gloire mais pour la seule reconnaissance de leur activité. Tant de personnes ont des choses à dire ! Ce sont eux dont on doit se souvenir. Tout le monde sait écrire, tout le monde sait raconter des histoires, mais tout le monde ne sait pas exprimer le plus important, le plus nécessaire. Je trouve tant de richesses dans la petite édition qu'il est un crime de ne pas en parler. L'argent ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse c'est d'être lu. Je voudrais toucher de plus en plus de lecteurs qui se reconnaîtront de par leur différence, cette parole doit devenir nécessaire et indispensable. Peu importe l'argent si je peux me faire entendre. Je ne conçois pas que le rôle de l'éditeur et celui de l'auteur soient forcément différents. Il n'y a pas qu'une relation de statuts. L'éditeur n'est pas uniquement chargé de tenir un porte-monnaie et l'auteur de fournir un texte. Je porte ma voix, non seulement celle qui se lit, mais celle beaucoup plus subjective qui touche à tous les domaines de mon existence. L'écriture est un prolongement parmi d'autres de mon besoin d'expression, elle n'est pas une chose détachée de ma vie. Mais si je peux me faire entendre, si ma voix est portée en dehors des murs qui la retiennent, alors que peut m'apporter d'autre la littérature ? Tout ce qu'on a appelé poésie ne pourrait correspondre qu'à ce besoin singulier de se faire entendre et non seulement par le biais d'un texte exploité mais surtout par celui de la parole échangée. La littérature ne doit plus se limiter à un exercice d'écriture mais concerne tous les domaines du quotidien. Il n'y a pas d'horizon possible en dehors de cette évidence.