L'aventure Mot à Maux fut pour moi l'occasion de correspondre avec de nombreux auteurs. J'ai entretenu avec plusieurs personnes une longue aventure épistolaire. Je considère la lettre, écrite, timbrée, envoyée, comme un acte poétique direct. La correspondance est un genre à part entière qui met en relation deux esprits. L'échange est intime. La portée limitée. C'est un peu comme toute l'activité des poètes, son impact est limité face à la marche du monde. Mais je crois qu'un poème, une lettre, attend en secret ses lecteurs. Un poème naît deux fois au monde : une fois par l'acte de son créateur, une autre par ceux qui le lisent, le critiquent, le diffusent. Ne doutons donc jamais qu'un jour la pensée de chacun comptera autant que les logorrhées médiatiques qui assassinent la pensée. C'est le rêve des utopistes qu'un jour l'individu sera plus sacralisé que l'argent. C'est un peu pour changer sa propre vie, pour changer celle des autres et pour avoir un pouvoir sur le monde, que le poète devrait prendre la plume. Cela commence au fond d'une chambre de bonne, cela finit parfois dans l'esprit de chacun. L'acte d'écriture ne sera jamais un acte désespéré.